Par Pablo, dimanche 13 juin 2010 à 19:56 :: Evenement :: Lien permanent :: rss

Crédits photo: "Coussin de belle mère" Cactus oursin Echinocactus grusonii par Maurizio Galante et Tal Lancman (motif du TATO-TATOO édité par Cerruti Baleri)

RÉDACTION EN COURS
. Vernissage Rive gauche, Docks en Seine ouvrent ses portes et accueillent un panel d'exposants aussi riches que variés:
Jeudi 10 juin 2010, après avoir quitté la Lorraine, terre du verre, du cristal et de la mirabelle, je descends à l’Est et enchaîne directement par le vernissage à Docks En Seine ; paré pour 4 jours de métro, de marche, d’écoute, de curiosité, d’écriture et de flânerie.
Sur le site de l’IFM qui ressemble à un large pont de paquebot futuriste fixé sur le fleuve, les stands et espaces d’exposition terminent les derniers préparatifs. Je commence par l’ECAL. Il est un peu plus de 18h, le public n’est pas encore là : j’en profite alors pour observer, interroger, noter, croquer avant le bain de foule fatidique de 19h ! Je suis seul, personne ne me connaît, cela m’aidera pour jouer au timide et bégayer sur mes questions…L’école cantonale d’art de Lausanne ou Haute école d’art et de design dirigée par Mr Pierre Keller propose une série de projets menés et réalisés par les élèves en design industriel. Nous y retrouvons toute la palette d’un designer avec un choix très large, touchant à des domaines comme le mobilier(table, tabouret et chaise), le design textile (sacs et assise), le luminaire et même des outils, pourrais-je dire, d’éveil avec les animaux en mousse Safari. Il y a quelque chose de très géométrique et de minimaliste, avec des systèmes d’articulation explicites… Le plus intéressant réside sans nul doute dans la variété des matériaux et matières utilisée et assemblée : tissu PVC thermosoudé, acier, bois, fibre de verre, aluminium, plexiglas, mousse polyuréthane et béton élastique/léger ! L’ECAL peut être fière de sa vitrine, et les jeunes talents ne sont pas loin ; les chasseurs arrivent.


Les élèves exposants : Michel Charlot, Julien Renault, Lucien Gumy Fossil (1), Camille Blin (5), Martin Haldimann, Benjamin Ferrero, Dimitri Bahler Mmes Expansées (4), Arnaud Weber, Bertille Laguet (3), Linn Kandel (6) & Guillaume Schweizer Texalium light (2) .
Remercions pour cette découverte : Alexis Georgacopoulos, responsable de la section en design de produit & Martin Schgaguler, responsable de la section en design industriel avec le soutien de l’ HES-SO et L’exécal.

Les propositions concrètes et physiques présentées sont le fruit d’un partenariat sérieux et d’un projet commun avec l’atelier SEDAP qui défend l’intégration de la lumière et de l’éclairage dans l’architecture.
Les élèves ont mis en place la scénographie qui comprend sono, présentation et instauration dans un grand espace encore inachevé, entouré de parpaings et d’installation électrique apparente: étrange coïncidence avec le thème proposé mais l’ensemble du lieu n’en devient que plus cohérent ; pour cause cette fusion du brut, du pur matériel, de la simplicité des outils et pourtant du sophistiqué, du poussé grâce à la créativité de chacun.
A partir de moules en mousse, silicone ou carton blanc, les deux ateliers affichent appliques, accroches et sculptures fonctionnelles, donnant un nouveau souffle au design d’objet minimaliste par sa consistance.
Comme des néons s’identifiant aux racines ou aux veines d’un plafond, les projets expriment une orientation ou le plâtre prend vit par le système électrique qu’il contient, jusqu’à l’illumination… Cette lumière, c’est le support même.

Euro/ Shelter…Le liège sur son 31 !
Marie Christine Dourer & Vincent Poujardieu nous démontre une nouvelle fois que le liège, ce matériau d’isolation dans la maisonnée du parfait petit écolo’ ou encore l’autre moitié indéniable d’une bonne bouteille de Bordeaux est aussi un enjoliveur de qualité dans le monde de la décoration d’intérieur et du mobilier de cuisine.
Le liège est donc de sortie, alors comment l’intégrer dans un service de table, un sol, un artifice mural tout en mettant au premier plan la résistance liée à un nouvel esthétisme. Pour exemple, un bougeoir/chandelier aux allures de tours d’échec, un ballet de théière et de tasses ; et cette table dont le plateau en liège évidemment, mesure plus de quatre mètres. En dessous, rien au milieu, pas de croisement d’armature soutenant. A chaque extrémité, une paire de pied massif en aluminium peut être. « Un risque ? Asseyez-vous au milieu »…Rien ne se passe, rien ne casse : magie ? Non, Mother Earth et technologie !

Au rayon MUDAC, le seul, l’unique In vino veritas (la croix dans la bouteille) et le Sunsic (applique de plafonnier en verre) imaginés par Matali Crasset ; à ses cotés des objets phares du couple Monica Guggisberg & Philip Baldwin, une histoire suédoise qui commence à la fin des années 70…
Pour les retrouver dans la capitale :
101, avenue Daumesnil - 75012 Paris
Tél. : 01 44 68 90 20
. Foundation (les classes préparatoires en design):
Lise Coirier moderator pour la circonstance, fondatrice de Pro Materia est rédactrice en chef du Magazine TL trends & living.
Florianne de St Pierre, invitée d'honneur est issue de l'ESSEC et dirige depuis 20 ans un important Cabinet de recherche de dirigeants dans le secteur du luxe. Elle témoigne d'une nouvelle observation d'autres moyens de communication et d'une instauration plus poussée de la direction artistique.
Patricia Romatet est Directrice Études IFM.
Corinne Poux travaille dans la maison Hermès (6è génération) depuis 17 ans, elle dirige le pole Innovation. Et dans l'institution, une différence existe entre direction artistique et direction design. Elle est progressive car c'est une histoire de famille qui veut continuer à grandir et à évoluer tout en conservant l'Ame de leurs créations. C'est une histoire de vibration, ou tout le monde se comprend et décide de ce qui est à révéler. Le cadre familial permet de sauvegarder la parenité. Hermès qui possède un exotisme rare a sa vision propre: ne pas faire au jour le jour, regarder le passé, se projeter dans l'avenir, anticiper pour créer le présent.
Elle associe les talents, définit plusieurs directions (familles de talent) qui lancent les pistes créatives; c'est une dynamique de révélateur de talents."Nous sommes des schizophrènes conscients". Dans le mot tendance, elle retiendra Temps et Danse, ce sont des moyens d'écouter les choses et ensuite de faire des choix.
L'heure est à penser un objet pour créer du sens.
-Charles Kaisin est le directeur artistique des Cristalleries Du Val Lambert.
(ci-contre: Hairy Chair)C'est donc à l'origine un designer belge qui à coté de ce poste de direction crée et possède son propre atelier. Aux CVSL, l'équipe totale comprend 15 employés et 55 artisans. Ce qui fait une de leur forces, c'est la grande faculté d'adaptation, l'absence de sous traitement (rien ne dépasse de la frontière belge avant que l'objet ne soit commercialisé). L'innovation repose sur l'aspect technique, c'est l'explosion des limites créatives et humaines. La notion du luxe n'existe plus.
-Thierry Metroz est le directeur du style Citroen. Selon les projets, il devient styliste et designer.
(Photo: source Citroen)
Ses moteurs de recherche? La couleur/ matière, le graphisme, le stylisme extérieur et intérieur. Cela implique des technologies et des failles sur les marchés. La communication, les points de vente, la publicité et la tenue des stands ne sont là que pour assurer la cohérence publique du groupe. Pour ceux qui se trouvaient au Salon de l'automobile à Genève en mars dernier, la Survolt a bien attesté que le Groupe n'en démord pas avec le design.Il y a un deuxième global, l'international qui regroupe en plus de l'Europe l'Inde et l'Amérique latine; le plus dur, correspondre au marché.
T.Metroz parle de design narratif et de familles de marque. Un design narratif, c'est acheter un univers, un imaginaire plus qu'un produit, terme qui ne suffit plus aujourd'hui. Ensuite il y a l'ultra-marque qui est caractéristique de l'achat de l'irrationnel (ex: Mini pour symboliser l'Angleterre, Land Rover pour toucher au domaine des chasseurs) et la marque de référence comme Audi qui allie fiabilité, rationnel et qualitatifs. Designer, c'est un travail de passionné, qui est prèt à tout. La tendance vient d'une vision. Il y celui qui crée et celui qui suit, c'est le processus qui est difficile.Il n'y a pas que la recherche d'idée, il faut suivre l'innovation depuis l'extérieur. En plus du travail d'équipe, il doit y avoir un chef d'orchestre et un groupe de travail (mais pas de leader car la notion de petite main est à éviter. Ce que recherche Thierry Metroz chez le profil d'un jeune ormis ses savoirs et savoir-faire, c'est l'atypique, cad une personne "non moulée" en raison de sa formation.
-Christophe Pradère est le directeur général de BETC Design . Ce métier est basé sur sur la transaction des marques, et contraint par le temps car une "mode" peut changer en 24h. Un designer est dans la place quand il a la capacité de faire naitre des idées. C'est une nécessité de prendre en compte les bilans de perception et l'usage de l'entreprise au sein du réel. Il faut faire des études sociologiques: le public et ses choix sont vecteur de modernité.
www.polyvore.com/ est un site qui répertorie des collections de tout niveau. Le design est aussi bien média (contenant) que contenu. BETC qui regroupe 600 employés connait la confrontation d'énèrgie quotidienne et donc un aller-retour d'idées: c'est son alimentation, son combustible. Un jeune doit avoir un jardin secret du futur créateur et une grande ouverture d'esprits, la connaissance générale pouvant mème surpasser la technique.
.Dans 10ans, le design entre désir et besoin:
Lundi 14 juin 2010, se tenait à l'Hotel particulier Potocki (dessiné par Jules Reboul) actuel siège de la CCIP, la dernière conférence à propos de l'avenir du design en France et sa projection sur le plan international.
Dans la salle des fètes (photo ci-dessous) rapidement envahie, l'assemblée attendait avec impatience la rencontre avec Ingo Maurer, designer allemand internationalement reconnu pour sa manipulation de la lumière et invité d'honneur pour l'évènement. Autour de lui, se succédèrent Catherine Colin (fondatrice de MADE IN DESIGN), Michel Labet (vice-président de SOCIOVISION) et Lucie Wullschleger (qui représentait les étudiants de l'ENSAD). Les débats étaient animés par Chantal Hamaide, directrice de la rédaction INTRAMUROS, magazine international du design.
Alain Larnet, président de Designer's days voulut rapidement intervenir en introduction et dire un petit mot sur sa vision du design: "c'est un élément pour sortir de la crise, il peut apporter beaucoup à l'économie". Il remercie INTRAMUROS pour sa collaboration et la qualité de son travail avec qui il noue "40 ans d'amitié et garde bon nombre de souvenirs agréables". L'évènement qui fète ses 10 ans reste comme chaque année "une belle surprise, avec une homogénéité sans faille des présentations et des exposants". C'est un homme satisfait et comblé de ce parcours parisien du Design 2010.En septembre prochain, le magazine que Chantal conduit à merveille fètera ses 25 ans. Ce grand outil-papier de communication sert de pont entre le public et la vitrine nationale et internationale du design. Selon elle, la première question que se poserait un designer serait de savoir "comment créer avec moins de matière et plus de sens". La réponse ou tentatives de réponse est chose des moins aisées.
La conférence commence véritablement par la vidéo "Designer?",réalisée par un petit groupe d'élèves de l'ENSAD. Le design a ses ambiguités: est-ce produire du désir ou du besoin? Est-ce agir global ou local?
Une méthode: Christophe Tallec propose de "renverser des micro-choses sur le cahier des charges". Pour Alban Morinière, ce qui doit guider un designer, c'est le choix éthique et politique. "Il faut ètre modeste pour accepter la suggestion."
Lucas Hoffalt (étudiant de l'ENSAD) exploite le risque de la démocratisation du designer.
Julien Cedolin apprécie la sociologie, le fait d'ètre ouvert d'esprit et de fuir son histoire du design. Ce qu'est l'inspiration du designer?
Une forme, un détail, une citation. L'héritage est culturel, "je me positionne pour faire mes choix entre observation et intuition". Il faut rendre aux choses la meilleure réponse possible. Julien Devaux recherche des problématiques et exploite des résolutions. Il doit nécessairement se positionner à un contexte, selon le territoire. Le designer s'enrichit du contexte, des contraintes, des outils mis à disposition ou à inventer. Lucie est en perpétuelle recherche, elle adore le fait de travailler en équipe, d'imaginer la vie de l'après-objet, penser ce dernier en éthique plus qu'en esthétique. Elle se connecte avec les gens car le design, c'est une affaire de communiquer ses idées.
Ingo Maurer intervient sur différents projets: Munich pour des particuliers, des stations de police, des restaurants; des journées qu'il passe à penser et à étudier, ou les détails et l'argent restent encore des problèmes... C'est un poète de lumière, indépendant et créateur de collections, il tient plus une manufacture qu'une maison de design. Il veut que l'acquéreur ressente l'objet et ceux qui le créent, le fabriquent. "Je bouge à travers la technique, la technologie; je crée des maquettes avec les membres de mon équipe et on voie après..." Quant à la technique des LEDs, Ingo travaille d'abord sur papier en visant un objet de fonction et non de décoration. Il recherche "un état de vérité et de pureté".
Le design est un défi de tous les jours. Il est très important de séparer le mot design (terme marketing galvaudé pour vendre) et le vrai Design (métier) qui est un besoin de sens, une vision et une ame ; qui est à défendre et à expliquer au plus grand nombre.
Pour Michel Ladet, il faut isoler ce qui est du domaine de l’esthétique (ce qui est représentable) et le process qui reprend doucement du souffle car c’est un enjeu de demain.
Ce n’est que dans une dizaine d’années que le design reviendra au lien intime entre forme et fonction au corps, qui nécessitera un retour intense à l’artisanat pour retrouver un contact, les gestes : un rapport de fonction aux choses.
D’autre part, en Allemagne le design répond déjà à une étude des usages à l’inverse de la France qui prône l’irréel et un certain romantisme matériels.
« Peut-être usage et fonction n’ont pas encore assez de noblesse »,Chantal Hamaide.
La ou le problème se pose est la formation au Management dans les écoles qui reste faible. L’ENSAD intervient sur ce point puisqu’elle collabore étroitement avec Science Po.
« Le management et le Design sont aujourd’hui maltraités » (C.Hamaide).
Sociovision matérialise les idées qui circulent M. Ladet a pris la direction scientifique des recherches socioculturelles et assure le développement international: il suit l'évolution économique des cultures et des marchés dans les pays émergents, en Europe et dans le monde. Un designer à ses yeux ne peut décevoir ni par la répétition ni par l'industrialisation. Il doit viser un artisanat qui peut se transmettre.
Suite à un voyage récent en Chine, il a su déceler plusieurs désirs et besoins.
(ci-contre, Marcel Wine par Sébastian Bergne). L'homme souhaite ètre différent de lui-mème, plus que des autres: c'est le désir de singularité. Mais quel moyen choisir? Cela demande des ressources.
. Le désir de connexion: se retrouver avec l'autre; un désir de se reconstruire ou d'avancer avec des proches, au travers de leur mémoire, de leur regard. Le design raconte une histoire.
. Le designer sauve les rèves: besoin de rationalité , de jouer collectif.
. Faire converser les cultures esthétiques est une des solutions qui répond au besoin de services rapides, lisibles et proches. Mais les écoles ne sont pas encore assez engagées vers le regard d'une autre sur le mème objet. Designer, c'est anticiper la culture post-numérique.
. "J'aime avoir de belles choses que seuls les connaisseurs peuvent apprécier ": 42% en 2009. Repenser l'objet à partir de la matière, c'est à çà que sert le design.
Aux éditions Albin Michel, 2010: À lire!. Partager la culture: c'est le désir partagé. "La cuisine est du design!" Mais comment faire partager le process avec son utilisateur? Autre tache du designer...
. Il faut rendre à la ville, à un territoire sa magie: designer c'est engendrer un objet inhabituel, inattendu et amusant.
. Le risque? Le monde bouge mais a moins de sens, c'est un design phatique. Une anecdote: dans 10 ou 15 ans, on pourra compter plus 12000 écoles de design en Chine.
Signal d'alarme! L'intime et le secret doivent redevenir les maitres mots du design.
L'excès de marketing et l'exposition du design du "juste beau", la non gérance entre art et design a déséquilibré et discrédité le process.
Le designer est un "passeur", role qui crée un lien entre un talent émergeant et lui donner une chance dans l'entreprise. L'IFM et L'ESSEC proposent des cursus Management pour les écoles qui préparent aux métiers de la création, artistique ou industrielle visant un certain niveau. Le statut du designer évolue afin d'améliorer le dialogue avec l'entreprise. Le marketing est en difficulté, est-ce un écho à la déserrance de la France? Pourtant il est indissociable du design avec lequel il travaille en amont. Il faut donc sans arrèt rechercher l'innovation, travail principal du jeune designer d'aujourd'hui. La notion d'offre est essentielle, elle doit rester cohérente dans la durée, que les gens

Made in design, Catherine Colin l'a pensé pour "informer et créer du lien". Cette petite machine de guerre en communication du design via un média incontournable souffle aussi ses 10 bougies. Son invention est née dans l'idée du I-Commerce, de sa passion du design et de ce qui le font. Elle veut donner des clefs pour faire comprendre ce métier.
Elle propose des pistes pour aller plus loin dans l'appréhension d'un produit. Par exemple son site permet de réaliser une simulation de décoration en 3D d'un salon particulier. C'est une appropriation personnelle du design, une virtualité affirmée qui se définit comme un test qui modélise les propositions au client.
-Domaine de Turenne, Aubrégades 2009 (vigneron indépendant)
-Choux à la crème par Angelo Musa , patissier chocolatier (MOF 2007)
Maison fondée en 1793, la Mère Catherine est un piano-restaurant au registre majoritairement couronné de reprises d'Edith Piaf (classiques mais indémodables).
Normal, nous sommes à Montmartre.
L'entrée se fait en longeant le comptoir, le "zinc" cuivré. L'ambiance est au cabaret pique-nique, rideaux de feutre rougeatre ayant bien vécu mais class'; et nappes à carreaux rouges et blancs (class' aussi!).
Derrière le coin du piano droit, ou vous accueillent les talentueux France Fannell (chant) et Jean Claude Orfali (piano); on aperçoit très discrètement les agitations des cuisines. Le plafond est bas mais traversé de poutres immenses et porteur de vaisselle, de porcelaine, et d'alcools...Très fort! Même les luminaires ont droit à une robe aux couleurs dignes d’un déjeuner sur l’herbe, on peut encore apercevoir les réseaux de tuyaux en cuivre qui parcourent tout le plafond ; sans doute les lampes d’origine étaient alimentées par le carbure de calcium qui pendant de nombreuses années fut la seule source de production et de stockage
de l'acétylène industriel à l'aube du XXè.

De vieux tableaux nous encadrent: nature-morte; scènes de soirée dans l'établissement-mème, figuratives, classiques, d'autres plus géométriques et abstraites, au graphisme proche d'un Premier Hergé (Tintin au Pays des soviets). Pour se divertir en lecture, il faut simplement suivre les murs : « buvons et mangeons car demain nous mourrons » (Danton, 1793), « vivent les bons vins, vivent le bon tabac et la danse, vivent l’amour et les bons repas ! »


Aux premiers abords lorsque l'on rentre, nous avons l'impression de nous retrouver dans un endroit tout petit, d'ètre extra-confinés mais en réalité l'espace publique se divise en deux grandes pièces principales: l'établissement se dévoile très "spacieux". La deuxième salle est légèrement surélevée (cinq marches)et sa superficie encore plus... déroutante, surprenante! Cette dernière ouvre sur la petite rue St Rustique et nous découvrons une terrasse intérieure couverte ou selon le temps, en plein air: c'est le "jardin" de Catherine. Pourtant en arrivant par la place de Tertre cela prend l'apparence d'un long couloir étroit, filiforme ou les tables en service seraient poussées le plus à droite... Erreur! On peut encore compter bon nombre de couverts disponibles qui encerclent cet atrium, au travers d'une verrière, spectacle vraiment agréable et propice. L'établissement a donc deux entrées, chose rare mais dans ce labyrinthe pavé, c'est plutot logique. Il y a une bonne ventilation, un courant d'air léger qui s'apparente à une brise, chose qui peut facilement disparaitre à l'extérieur en raison de l'affluence continue des passants. Car si vous décidez de vous installer sur la Tertre, sachez que vous vous transformerez assez rapidement en Saturne avec son anneau de brassage entre commerces concurrents et gente en marche rotative façon troupeaux : çà peut ètre un charme et aussi un poids. Depuis la terrasse de la Basilique du Sacré Coeur qui surplombe ses jardins, vous apercevrez aisément Beaubourg et une vue sur 30 kms quand le soleil le permet.
Montmartre cache bien ses secrets, on connaissant déjà les bouches de métro encore conservées de Guimard en bas de Pigalle, Le 54 rue Lepic, ce repère de littéraires et poètes du XIXè mais en matière de gastronomie, çà vaut le détour (le Funiculaire peut vous aider à vaincre "la petite" cote): un bout de terre suspendue idéale pour flaneur solitaire.
Bon deux pianos, un excellent service en continu, de l'élégance rustique, une ambiance bonne vivante, "what else?"
À l'étage, en prenant un petit escalier de cinéma d'art et d'essai, on aboutit sur deux petites pièces très bien ouvertes et éclairées naturellement: les sanitaires H et F.
L'homme a droit à un beau lavabo double sur pieds en porcelaine (d'époque?), tout est refait à neuf. Les femmes? Je n'ai pas pris le risque de m'y aventurer, j'aurais l'air bien malin si je faisais hurler la donzelle avec mon regard d'inspecteur et mon carnet. Je déduis juste que ce périmètre était autrefois réservé aux téléphones, leur cabine privative aux portes vitrées y demeure, l'ambiance est au Maigret et nous revoilà parti en 1950...
Cabaret,Pique-nique, théatre, tant que l'on est gentil et vivant; que l'on soit parisien ou voyageur d'occasion et non allergique au rouge, une bonne adresse à retenir pour toutes les ames errantes de la Butte Montmartre, on ne s'ennuie plus.
Adresse: 6 place du Tertre 75018 Paris, XVIIIè Arr.
Téléphone: 0146063269 /Fax: 0142582135
Métro: Abbesses
Site: www.lamerecatherine.com
.Luxe et création, un lien intime:
En ce vendredi 11 juin 2010, l’ENSAD (école nationale supérieure des arts décoratifs) ouvrait également ses portes et accueillait 4 créateurs autour d’une table ronde, salle bien remplie puisqu’une seconde fut mise à disposition du public pour une retransmission en live.Ces quatre personnages viennent de divers horizons et occupent différents champs de l’Art mais exercent un même talent au service de la créativité et du luxe. Le Maestro (moderator) de cette table des chevaliers du design et de l’artisanat n’était autre que Guy Boyer, directeur de la rédaction Connaissance des Arts.
Le sujet ? Luxe et création, un lien intime… Comment une Maison fait-elle pour entretenir ce dernier en fusionnant au mieux créativité et savoir-faire d’excellence et ou en est la France face à la mondialisation?
Sur le devant de la scène, nous retrouvons (allez commençons par mesdames) Nelly Saunier et Isabelle Guédon ; messieurs Lorenz Baumer et Pierre Hardy.
Tous ces intervenants vont de ce fait nous commenter leur métier de passion, un métier pour qui d’autres s’est révélé par accident et créa une surprise d’autant plus porteuse de projets et de sens.
*Nelly Saunier porte l’étendard d’un métier qui fait peu parler de lui, que l’on rencontre peu sur les salons et qui ne fait pas forcément d’adepte dans la formation pour cause peu-ètre est qu’il demande un savoir-faire immense et une technicité hors-pair: elle est “plumassière”, magique.
A l’époque des fètes royales, on retrouvait déjà la plume en parure; il suffit de regarder en arrière. Aujourd’hui sa forme a changé mais elle matérialise toujours autant le charme et l’éblouissement d’une pièce par le regard et le toucher.
Nelly rentre donc au lycée Octave Fueillet dès l’age de 14 ans pour suivre un apprentissage aux techniques de plumasserie. Elles poursuit sa formation à Olivier de Serres. Elle retournera à Feuillet pour devenir enseignante en art de la plume. Elle s’exprime d’ailleurs en tant qu’artiste.

En 1997, elle crée la surprise lors du défilé Haute-Couture en collaboration avec Jean Paul Gaultier pour sa toute première pièce maitresse, le boléro-perroquet (photo dessus/droite) qui marie à la perfection phanères de perruche et de flamant rose. Nelly dira "mes objets sont des messages, c'est l'expression d'une matière vivante": ce qui lui donne l'élan de créer c'est vivre une matière. La plume est un symbole de porte-bonheur, c'est une matière avec laquelle la plasticienne entretient un lien fort, profond avec l'oiseau et la nature. Il n'est donc pas étonnant que ses collaborations se développèrent avec d'autres Maisons comme Givenchy, Ricci... JP Gaultier lui renouvellera sa confiance pour la réalisation de son pull-over Jacquard.Ormis les ouvrages qui demandent parfois plus de 300 heures de travail, la difficulté survient quant à l'approvisionnement: il y a d'abord les registres qui obligent à se plonger dans les papiers administratifs, à réclamer des autorisations. La réglementation rythme en partie les commandes de ses clients auxquelles elle doit répondre en temps et en heure et donc se montrer prévoyante. "C'est tout ou rien".
Ce qui l'intéresse c'est de retracer l'histoire passée de ces plumes. Pour ce faire, Nelly Saunier pratique avant toute chose beaucoup le dessin car il est véritable que "la main, le geste se perdent vite". En 2008, elle est décorée Maitre d'art , ce qui va ètre un énorme tournant dans sa carrière. Les commandes affluent et en 2009, une exposition lui est consacrée aux Gobelins. Au 10è anniversaire du Prix Bettencourt, elle est lauréate.
Par la plume, l'artiste amène de la poésie dans l'objet selon une technique ancestrale; car il s'agit bien, entendons le bien d'un travail manuel minitieux, d'un savoir-faire des plus honorables.
*Isabelle Guédon est issue de l’Ensad ou en 1994 elle décroche son diplôme après y avoir étudié le design textile. Mais la richesse des ateliers de l'école va lui permettre une ouverture d'esprit croissante. De 96 à 99, elle est l’ombre d’Alber Elbaz directeur artistique YSL. L'année précédente, c'était chez C.Lacroix. En début de l'année 99, elle fait la rencontre de Benjamin Caron avec qui elle fondera Deuce, société qui fera ses débuts dans le cuir et reprendra la plupart des techniques des bottiers. Cette mème année, elle participe au Salon maison & objet et finit sur la première marche du podium "Talents à la carte", en présentant une table de Backgammon: l'élan est donné. En 2001, elle intègre l'équipe pédagogique de l'Ensad. Isabelle commence ses collections par l’accessoire de bureau et l’objet décoratif, et tout comme le backgam’ elle revisite le jeu de société (dont l’échiquier photo ci-dessous).
Tout comme Designer’s days, les 10 bougies sont là. Bonne route et longue vie à Deuce !
*Américain de souche (Washington) à 45 ans, Lorenz Baumer brille sur la Place Vendome depuis 1992. Après son diplome "d'ingénieur centralien" (Innovation Conception Production) obtenu à l'École Centrale de Paris il lance sa maison 1989. Au départ, les bijoux qu'il crée sont de fantaisie. Ce n'est que 10 ans après qu'il rejoint la haute joallerie, Rue Royale. Ses points forts, domaines d'exploitation et d'expériences se partagent entre l'architecture, la poésie et le jardin. Sa définition du design? C'est un "métier qui fait pousser la chose jusqu'au bout, c'est d'un perpétuel sur-mesure". Baumer à ses temps perdus, est collectionneur et écrivain: (à lire!) Le dictionnaire égoiste. Pour ètre un bon créateur (et/ou designer), la qualité première est d'ètre à l'écoute du monde, ne jamais (essayer du moins) redessiner ce qui a déjà été fait. C'est rechercher un mode d'expression nous correspondant. Le luxe n'existe pas vraiment car il n'a pas de défintion unique et stable, fixe; "ce luxe français est en devenir" dira le Comité Colbert. Pour réussir, Lorenz lutte contre lui-mème.



Un projet? En novembre 2010, les initiales P.H aterriront à New York pour un tout nouveau Store, à moins d'un (s)cra(t)sh! Pierre Hardy se dévoile donc personnage éclectique, ouvert d'esprits, qui se nourrit de tout. Créateur/chausseur, accessoiriste par le sac; il développe sa créativité dans l'illustration, l'enseignement, l'information, la mise en contexte-la scénographie et il fantasme de l'architecture (secret qu'il avoue d'une manière officielle).C'est un hyperactif créatif... Au fond ce qu'il apprécie c'est le jeu du double, de la paire et comment présenter l'objet. A la question de ce qu'est son luxe, il répondra qu'il réside dans le choix des traitements des matériaux et que "le comble du luxe, c'est qu'il ne se voie pas". Quand il était chez Hermès, on définissait le luxe comme ce qui peut ètre réparé. Ce qui compte avant tout et si mème cela prend du temps, c'est de "sentir l'objet". La qualité recherchée chez un collaborateur? "C'est qu'il soit d'accord avec moi" (ironie...).
À noter aussi la présence en salle de représentants du Comité Colbert, Silicon Valley du luxe qui regroupe déjà plus de 70 grandes Maisons françaises. C'est l'international du luxe à la française, prédateur de jeunes maisons ou de jeunes créateurs émergents & prometteurs (et pas seulement du design) pouvant porter l'étendard du pays sur le marché international!
Rédaction:Pablo Bouteiller
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